Chronique à parution épisodique; publiée à ses frais et en dehors de son temps de travail par
Jean-Pierre Dulex
La Gazette

Leysenoude

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Numéro 23

du 22 février 2007

Sommaire :

Nécrologie

Décès du Dr François Reymond

Canons à neige

Pamphlet de l'Hebdo et réponses des communes

La parution de la Gazette est irrégulière. Si vous désirez être tenu au courant de la sortie d'un nouveau numéro et de son sommaire par courriel, faite le moi savoir par un petit mot à gazette@meteoloeysin.com

Nécrologie : décès du Dr François Reymond

Bien plus qu'un simple médecin généraliste

Le Dr François Reymond lors du 30ème anniversaire de la section des Samaritains de Leysin.

Le Dr François Reymond, installé à Leysin depuis presque 30 ans, est décédé le 9 février dernier à l’âge de 65 ans des suites d’une défaillance de longue date de la fonction rénale.

Bref retour sur la carrière hors du commun de ce médecin généraliste dont la passion a toujours été la médecine d’urgence côté professionnel et la nature côté loisirs.

Né le 11 octobre 1942, François Reymond a étudié la médecine à Lausanne. Après ses études, il s’engage comme médecin pour le compte de la Croix-Rouge et est envoyé sur le terrain au Vietnam – une expérience qui l’a marqué à jamais – mais aussi au Niger et en Somalie où il s’occupe des Touaregs.

Du Vietnam, il ramènera des images fortes, parfois à la limite du soutenable pour un jeune médecin, mais aussi une jeune vietnamienne, Phi-Hoang Truong qu’il épouse à Bulle en 1974. Le couple aura deux enfants, Antoine et Philippe.

C’est en 1978, quittant le canton de Fribourg, qu’il s’installe à Leysin, tout d’abord à la clinique Miremont, puis dans un cabinet au Centre de la station. Dès son arrivée, son goût pour la médecine d’urgence le fait s’engager comme médecin du Corps des Sapeurs-pompiers avec le grade de Capitaine, ainsi que comme médecin de la section locale des Samaritains. Durant ses 23 ans d’activité avec les pompiers, il ne manquera quasi aucun exercice, ni intervention, passant vers tous les hommes pour leur donner un conseil avisé et répétant patiemment tous les gestes de base susceptibles de sauver des vies. Il en a été de même avec les Samaritains avec qui il partageait aussi bien les exercices et formations que les moments de détente.

Si de ses séjours avec la Croix-Rouge, il a gardé durant toute sa vie le goût pour l’urgence et l’immédiateté, le Dr Reymond a aussi été pour plusieurs générations de Leysenouds un médecin généraliste hors du commun. Peu causant au premier abord, il se liait ensuite souvent d’une amitié indéfectible avec certains de ses patients, surtout les plus âgés et les plus démunis. Il lui arrivait ainsi de faire les commissions pour l’un, voire de se mettre à peler les pommes de terre pour une vieille dame ayant plus besoin d’un moment de compagnie que de soins pointus. Il lui arrivait aussi fréquemment d’utiliser son jour de congé pour aller trouver ses patients âgés hospitalisés à Aigle ou Monthey. Forte personnalité, il avait parfois de la peine à se contenir lorsqu’il constatait qu’une urgence nocturne l’avait fait se déplacer pour un étudiant n’ayant qu’un léger mal de ventre. Autre chose dont il avait horreur : que des enfants cherchent à se débarrasser de parents âgés en les «casant» dans une maison de retraite.

Au fil des ans, les anecdotes vécues par ce médecin de terrain pourraient remplir un livre entier. Mentionnons cet appel d’un ormonan lui annonçant la mort d’un voisin. Les explications pour se rendre sur place étant des plus laborieuses, il fut décidé de se donner rendez-vous au restaurant du Cerf au Sépey afin de le guider sur place pour constater le décès. Arrivé au rendez-vous, quelle ne fut pas la surprise du Dr Reymond de s’entendre dire que le mort était dans le coffre, ce qui éviterait de faire monter là-haut une ambulance ou un corbillard !

Rappelons aussi son engagement sans limites lors du déferlement des «boat-people», migrants sud-vietnamiens qui fuyaient le régime communiste d’Hanoï à la fin des années 70, qui avait abouti à la création d’un centre d’accueil à Leysin, dans les locaux fraîchement libérés par la fermeture de la clinique de la Manufacture bernoise.

Après une alerte cardiaque, il avait dû réduire son temps de travail il y a plusieurs années déjà. Au fil des ans, il désespérait de ne pas trouver un repreneur pour son cabinet et il avait même fini par publier une annonce dans 24 Heures annonçant la mise à disposition gratuite de son cabinet à un généraliste qui voudrait bien venir s’installer à Leysin. C’est chose faite depuis un peu plus de 3 ans, avec l’installation du Dr Walker.

Depuis sa retraite, il a pu cultiver sa passion pour la nature, se baladant dans la région dont il connaissait chaque sentier ou en Valais, observant chamois et bouquetins. Autour de son chalet d’Essert, il ne manquait jamais de nourrir les oiseaux, tondait le gazon en tournant autour des plus belles fleurs qui restaient en place tout l’été et avait rendez-vous chaque soir avec un renard qui venait le saluer, et de temps à autre avec un blaireau. Et s’il lui arrivait de capturer des souris faisant trop de dégâts, il ne les tuait pas, mais allait les relâcher en Veyges ou au Sépey !

Il se savait gravement atteint dans sa santé par une fonction rénale déficiente, mais il a toujours refusé une dialyse qui l’aurait enchaîné toujours plus fréquemment à une machine et au milieu hospitalier. Il n’a jamais voulu non plus d’une greffe de reins, ne voulant pas «gaspiller» un organe qu’il disait être plus utile à un homme plus jeune que lui.

Avec la disparition du Dr François Reymond, c’est donc bien plus qu’un médecin de famille que la station pleure, mais un homme qui a toujours placé le respect de l’être humain, l’amitié et l’aide au prochain au centre de ses préoccupations.

Toutes mes condoléances à son épouse et à ses enfants.

JPDx

Polémique autour des canons à neige

Pamphlet de l'Hebdo et réponse des communes

Dans l'Hebdo du 18 janvier dernier, l'éditorialiste Jacques Pilet avait publié un virulent pamphlet contre les canons à neige dont il dénonçait «l'absurdité éclatante», citant en particulier les installations de Leysin et des Diablerets. Il s'en prenait en passant également avec virulence aux associations de protection de la nature, accusées d'avoir pactisé avec les promoteurs en contrepartie de la participation au financement de quelques sentiers sur le thème des énergies douces destinés à «soulager leur conscience».

Les communes concernées ont réagi à l'article incendiaire de Jacques Pilet et obtenu la publication dans l’Hebdo d'un courrier de lecteurs, signé des syndics de Leysin et des deux Ormonts.

Interrogé sur les ondes de Radio-Chablais suite à l'article de Jacques Pilet, Jean-Marc Udriot, syndic de Leysin, avait admis que les canons à neige n'était probablement pas la panacée à long terme, mais que faute de solution miracle pour remplacer l'apport prépondérant (70%) du tourisme lié au ski, il fallait bien s'en accommoder pour l'instant, tout en cherchant à diversifier tant que faire se peu la provenance de la manne touristique ces prochaines années.

En ce qui me concerne, je reste convaincu de l'absurdité totale des canons à neige (qui ont d'ailleurs été inutilisables à cause des températures trop élevées durant une bonne partie de l'hiver) et qu'il conviendrait d'arrêter au plus vite ce gâchis d'eau et d'énergie. Mais face à la course effrénée à la neige artificielle que se livrent les stations, avec la bénédiction des autorités (et des organisations de protection de la nature), une station de la taille de Leysin n'avait tout simplement guère le choix d’y renoncer, sauf à accepter l’idée d’une chute rapide du tourisme hivernal avec tous les corollaires sur l’emploi, le nombre d’habitants, voire même le départ éventuels des écoles internationales – premier employeur de la station – sous d’autres cieux. Pour mémoire, j’avais donné mon avis dans la Gazette du 21 mars 2006, dans un Point de Vue intitulé «Un mal nécessaire» qui est disponible par ici. Dans le même numéro figure un résumé complet de la saga des canons à neige à Leysin.

 Pour ceux qui auraient manqué l'article de Jacques Pilet et pour que chacun puisse prendre connaissance de la réponse de nos autorités, d’ailleurs rédigée dans un style qui n’a rien à envier à celui de l’éditorialiste vedette de l’Hebdo, je reproduis ces deux articles ci-dessous.

JPDx

La chronique de Jacques Pilet
Les diables de la montagne se marrent

La neige n'est pas là, mes chéris, faites comme nous, courez sur les cailloux! Vous vous êtes crus très malins et vous avez planté des canons à poudreuse. Nous avons bien ri quand, l'été dernier, les bulldozers ont massacré un bout de paysage sur le balcon de la Berneuse pour créer un lac artificiel destiné à alimenter vos jouets. Aux Diablerets, vous avez même foré un tunnel pour aller chercher de l'eau au diable vauvert. Dans un tel lieu, vous auriez pu penser à nous: nous avons plus d'un tour dans notre sac.
Voilà que vos machines ne crachent rien du tout: il fait trop chaud. Et si le froid arrive pour de bon, elles seront inutiles. Vous avez déjà hérissé les pentes de pylônes et de câbles, et maintenant vous tourneboulez les pierriers pour votre pitoyable artillerie...
Heureusement que ces mauvais esprits ne sont pas forts en économie. Ils en rajouteraient dans les sarcasmes. 24 heures rappelle que la commune de Leysin a investi 9 millions dans le bassin qui devrait permettre, dès novembre de cette année, de blanchir 5 kilomètres de piste. Pour autant que la température le permette. Les voisins des Diablerets, nullement échaudés par la faillite de Glacier 3000 SA, se lancent dans de nouvelles aventures: 10 millions pour 3,6 kilomètres de piste. Amener les skieurs au haut des pistes est déjà cher. Leur permettre de descendre quand l'hiver mollit coûte encore deux fois plus!
Cela se passe dans des communes financièrement exsangues, incapables d'imaginer l'avenir autrement que dans la monoculture du sport d'hiver. Pour plaire aux obsédés de la glisse, elles n'hésitent pas à s'enlaidir. Pour la colère des promeneurs de la belle saison.
L'absurdité de ces chantiers est éclatante. C'est un peu comme si, en plaine, on bétonnait des champs pour des routes utilisées seulement quelques jours par année.
Le plus choquant n'est pas la myopie des édiles locaux: on y est habitué. Non, le plus écoeurant est la trahison des écolos. Les associations de protection de la nature, WWF compris, ont donné leur accord à ces travaux. Leur silence sur les questions que pose ce type d'opérations est assourdissant.
Explication: ces défenseurs patentés de l'environnement ont reçu des promoteurs un financement pour des «projets» destinés à soulager leur conscience. A Leysin, ce sera un sentier balisé de panneaux informatifs sur les beautés de la nature et les égards qu'elle mérite. Plus une éolienne finlandaise, quelques panneaux photovoltaïques ici et là et, au village, une installation de recyclage écologique des déchets. Peut-être aura-t-on droit aussi à une gouille où les têtards seront laissés en paix.
Etouffer le débat sur les canons à neige pour le prix de quelques gadgets, tel est le choix des apparatchiks de l'écologie, plus soucieux de garantir le budget de leurs structures que d'agiter la réflexion.
Du blabla à l'action cohérente, quel abîme! Partout déferlent les discours sur le réchauffement climatique. Peu importe que des incertitudes demeurent sur la part naturelle du phénomène et la part due à l'intervention humaine. Il est devenu évident pour tous que le gaspillage énergétique est une folie. Evident aussi que traîner les pieds dans la recherche de technologies nouvelles est une faute qui coûtera cher. Mais que faisons-nous concrètement? A part les gloses, pas grand-chose.
Alors que plusieurs pays, l'Allemagne en tête, foncent sérieusement sur la piste des nouvelles sources d'énergie, la Suisse se contente de quelques mâts au Mont-Crosin, à Andermatt, à Collonges et dans l'Entlebuch. A Leysin, les écolos complices des brasseurs de rochers se pâment devant un moulin à vent planté à côté d'un chalet. Qui d'ailleurs ne tourne pas parce que mal placé.
A Berne, le ministre en charge somnole sur le dossier depuis plus de dix ans. L'autre jour, il a soulevé une paupière: pour dire qu'après tout, le nucléaire, ce n'est pas si mal. C'est surtout moins fatigant. |

L'absurdité de ces chantiers est éclatante. C'est un peu comme si, en plaine, on bétonnait des champs pour des routes utilisées seulement quelques jours par année.

Jacques Pilet, article tiré de l'Hebdo du 18 janvier 2007

Et la réponse des syndics des communes concernées :

À myopie, myopie et demie…

Un plus finaud que nous n’a-t-il pas dit: «La critique est facile, mais l’art est difficile»? Or, Jacques Pilet vient de nous en donner une éclatante démonstration avec son pamphlet d’empêcheur d’enneiger en rond.

Certes, la stratégie des canons à neige a ses limites, ses inconvénients, ses coûts et ses faiblesses. Certes, les braves édiles locaux que nous sommes admettons affronter une problématique de taille. En effet, le citadin l’ignore sans doute, 70% du revenu de nos stations provient des sports d’hiver (contre 30% du fruit des activités estivales). Ainsi, comment inverser ce ratio?

Bien que myopes, selon M. Pilet – qui évite ainsi de justesse de nous qualifier de stupides – nous cherchons encore des moyens de renouveler l’économie des Alpes vaudoises sans recourir à l’enneigement mécanique. Bien abrité derrière ses lunettes, le chroniqueur n’envisage pas, jusqu’à preuve du contraire, de meilleures pistes que nous…

Les régions périphériques et rurales doivent nourrir leur population avec les ressources dont elles disposent. D’ici à l’éclosion d’une idée lumineuse et salvatrice, la neige reste notre meilleur atout. D’ailleurs, sans elle, les écoles internationales qui assurent la survie de Leysin se tourneront vers des pentes plus blanchies. Car les jeunes veulent des sports de glisse, du frisson sur lattes et non des simples balades sur de la montagne à vaches!

Nous savons devoir reconvertir nos sites, favoriser l’écologie, le respect de la nature et lutter à notre modeste échelle contre le réchauffement planétaire. Mais ni l’Etat, ni les satiristes, ni les donneurs de leçons de tout poil n’ont de solution miracle à proposer. Et pour cause: plusieurs d’entre eux ont autre chose à faire, notamment goûter aux joies du sport sur le formidable domaine skiable de Verbier, enneigé – pour leur plaisir – à grand renfort de canons à neige!

Jean-Marc Udriot, syndic de Leysin; Philippe Nicolier, syndic d’Ormont-Dessus; Annie Oguey, syndic d’Ormont-Dessous