Chronique à parution épisodique; publiée à ses frais et en dehors de son temps de travail par
Jean-Pierre Dulex
La Gazette

Leysenoude

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Retour au sommaire Gazette leysenoude (archives) Quelques images des instalations déjà en service à Leysin

Mise à jour du vendredi 7 avril à 16h

Piste libre pour les canons à neige

 Au terme de la mise à l’enquête en vue de la réalisation de la dernière étape de la «saga des canons à neige» (voir ci-dessous), aucune remarque ou opposition n’est parvenue au Service technique de la commune de Leysin. Le permis de construire pourra donc être délivré sous peu et les travaux – déjà attribués – pourront reprendre dès la fonte de la neige. Et il ne faudra pas tarder car en altitude, la saison est courte et la seule réalisation du lac de retenue de Chaux de Mont est estimée à 6 mois de chantier, de mai à octobre. En parallèle, il faudra creuser les fouilles lac d’Aï – Berneuse et lac d’Aï – sommet de Chaux-de-Mont, puis poser l’ensemble des installations techniques. La Gazette ne manquera pas de suivre ce chantier durant l’été.

Organisations écologistes satisfaites

Les deux principales organisations écologistes ayant été impliquées dans ce projet depuis de nombreuses années ne se sont pas manifestées durant cette mise à l’enquête. Du côté du WWF, Serge Ansermet se dit satisfait de la manière dont le dossier a cette fois été mené, en suivant une procédure légale et non pas «à la valaisanne» comme cela avait été le cas pour la première installation Aï-Berneuse ou en tentant de dire qu’il ne s’agissait que d’une petite installation d’enneigement ponctuelle comme cela avait été tenté au début de la mise en route du projet actuel. Il se félicite d’ailleurs des contacts actuels, beaucoup plus francs, tant avec Municipalité de Leysin qu’avec la direction de TeleLeysin. Il mentionne aussi que la convention passée avec ces deux dernières instances, les services cantonaux concernés et le WWF au sujet de la réalisation d’un sentier des énergies renouvelables au sommet de la Berneuse est une première dans ce canton.

Confiance rétablie aussi du côté de ProNatura Vaud, gestionnaire de la réserver naturelle du lac d’Aï, avec qui des contacts préalables pour le déplacement des fouilles du nord au sud du lac avaient été pris. Pour le leysenoud Jean-Claude Tièche, ce déplacement était même une bonne chose puisque les pentes de la rive sud du lac ne sont qu’un pâturage de peu de valeur, alors que les éboulis descendants de la Tour d’Aï au nord sont beaucoup plus sensibles et doivent être strictement protéges. Il rappelle que pour ProNatura, le lac et ses environs sont à préserver très strictement, il faudra en particulier être attentif à éviter tout glissement de terrain en direction du lac lors de la réalisation de la piste de liaison sur le flanc sud de ce dernier. Restera aussi à surveiller qu’une quantité d’eau suffisante parvienne toujours au lac d’Aï une fois les divers captages pour remplir le lac de retenue effectués. Enfin, du côté de ProNatura aussi, on relève une nette amélioration de la collaboration, en particulier avec l’ancien directeur de TeleLeysin Gilles Cottet, et l’on espère que cela se poursuivra. En passant, l’on se réjouit de voir que les eaux usées du hameau d’Aï prendront désormais le chemin de la STEP de Leysin et l’on rappelle que ce hameau jouit d’une protection absolue et qu’aucun projet de valorisation touristique du site n’est envisageable.

jpdx

Enneigement mécanique des secteurs
Aï-Berneuse et Chaux de Mont à l’enquête

 Plus de 10 ans de procédures sur le point d’aboutir

Leysin première de classe des stations vaudoises !

 Avec la mise à l’enquête ouverte du 17 mars au 6 avril, le projet d’enneigement mécanique systématique d’une partie du domaine skiable de Leysin aborde son dernier obstacle administratif. De sa genèse à son aboutissement, ce projet a connu de nombreux rebondissements et modifications successives au point que seuls les politiciens ayant suivi attentivement le dossier et les responsables touristiques sont capables d’y voir parfaitement clair aujourd’hui. L’investissement colossal consenti pour ce projet dont le coût global approchera finalement les 9 millions de francs et les enjeux pour toute la collectivité leysenoude sont cependant tels que la Gazette a décidé de vous offrir un résumé, aussi factuel que possible, de la saga des canons à neige de Leysin.

Mis à part quelques canons mobiles utilisés de temps à autre, la longue histoire des canons à neige de Leysin a débuté avec la réalisation d’une installation entre le sommet de la Berneuse et le lac d’Aï en 1990. Un équipement qui avait suscité à l’époque l’ire des organisations de protection de la nature, car partiellement réalisé «à la valaisanne». Une réalisation qui s’est par ailleurs rapidement révélée être particulièrement délicate à utiliser ; son alimentation en eau par le «lac Yaka» au sommet de la Berneuse étant en particulier notoirement insuffisante.

C’est à la fin de la décennie 90 qu’un projet d’enneigement artificiel moderne et plus conséquent voit le jour. En novembre 1998, le Conseil communal donne son feu vert à un préavis visant à enneiger de bas en haut l’axe Aï – Leysin comprenant la création d’un bassin d’accumulation de 25 000 m3 pour un coût de 4.5 millions. Un projet qui se retrouve toutefois bloqué par le canton, car non conforme au Plan partiel d’affectation (PPA) en vigueur ; une décision qui sera confirmée par le Tribunal administratif en mars 2001. Philippe Bieler et le canton imposent alors un moratoire à toutes les stations vaudoises jusqu’à la publication en septembre 1999 d’un recueil intitulé «critères de planification de l’enneigement artificiel» qui sera suivi en octobre 2000 des directives officielles. Un pavé de près de 70 pages qui constate finalement que les stations vaudoises ont un impératif besoin de garantir la neige sur quelques pistes et liaisons principales pour rester concurrentielles sur le marché international.

De son côté, Leysin n’a pas attendu pour mettre sur le métier une révision du PPA du domaine touristique. Un document approuvé en 2004 par le Conseil communal de Leysin, puis par les autorités cantonales. Ce nouveau plan prévoit l’enneigement de 7 secteurs de pistes, sur une longueur totale de 7840 m et une surface maximale de 12.35 hectares. Son entrée en vigueur, avant ceux de toutes les communes voisines, va être le déclic qui permettra à Leysin de distancer en matière d’enneigement mécanique toutes les autres stations des Alpes vaudoises.

Sans perdre de temps, une première étape – conforme au préavis de 1998 – est mise à l’enquête en juin 2004 pour poser 43 perches à neige entre Tête d’Aï et Leysin sur 3.4 km de pistes, ainsi que la création du lac d’accumulation au bas de Chaux de Mont. L’enquête ne suscite aucune opposition. Les travaux débutent le 21 septembre 2004 et en 51 jours ouvrables, les 24 premières perches à neige sont posées, de même que tout l’équipement électro-mécanique nécessaire à leur fonctionnement. En décembre, la première neige artificielle est produite. Les résultats sont probants : Leysin garantit durant tout l’hiver un retour en station skis aux pieds, ceci malgré une quantité d’eau disponible très faible et trop chaude, car pompée depuis le réseau communal en attendant la réalisation de la retenue d’eau sommitale.

Plus pour le même prix !

En parallèle, la Municipalité fait le forcing pour arriver à proposer au plus vite un projet bien plus ambitieux que celui de 98. L’idée est de profiter du chantier en cours pour réaliser directement deux étapes supplémentaires prévues par le PPA, à savoir le renouvellement complet de l’installation obsolète Aï – Berneuse et l’enneigement de la piste de Chaux-de-Mont, tout en portant la capacité du lac de retenue de 25 000 m3 à 34 000 m3. Une fois le montage financier au point, ce nouveau projet est rendu public en mars 2005. Les coûts prennent l’ascenseur pour se monter au total à 8.8 millions de francs. Mais la part mise à disposition à fonds perdu par le Fond d’équipement touristique cantonal passe à 3.6 millions, ce qui représente le 40% du total (le maximum autorisé par la loi) contre 11% seulement dans le projet de 1998. Les prêts LIM à 0% d’intérêt durant 20 ans sont eux aussi en forte hausse (3.6 millions), ce qui fait qu’au final, il ne reste «que»1.6 millions de fonds propres à trouver pour la commune. Un montage financier très attractif qui permet à la commune de se retrouver avec des charges annuelles plus ou moins semblables à celles prévues par le préavis de 1998, mais en enneigeant deux pistes d’altitude supplémentaires. Le dossier est solide, les éclaircissements demandés convainquent, et le 21 avril 2005, le Conseil communal accepte ce nouveau projet par 35 oui, 5 non et 2 absentions. Le chantier reprend durant l’été dernier. En l'absence d’une alimentation en eau par le haut, il n’est pas possible de mettre en pression toutes les perches et pour l’hiver qui se termine, ce ne sont qu’une petite dizaine de perches supplémentaires, avec toujours aussi peu d’eau à disposition, qui entrent en service.

Un plus pour le lac d’Aï

La mise à l’enquête actuelle concerne donc les travaux supplémentaires liés au préavis de l’an dernier, c’est-à-dire le remplacement de l’installation d’Aï Berneuse et la réalisation de celle de Chaux-de-Mont. Y figure encore une modification du profil de la piste permettant de rejoindre le schuss des Crausaz et le passage des canalisations au sud du lac d’Aï plutôt qu’au nord comme prévu auparavant. Ces deux derniers points ont fait l’objet de négociations préalables avec Pro Natura, gestionnaire de la réserve naturelle du lac d’Aï. Au sujet de ce dernier, mentionnons encore que les travaux permettront le raccordement des eaux usées du hameau d’Aï à la STEP communale, pour le plus grand bien du petit lac déjà très fortement eutrophié.

Si tout se passe bien, les travaux reprendront dès la fonte des neiges et devraient être terminés dans leur entier pour la saison prochaine. A noter toutefois que le problème de l’alimentation en eau depuis le bas, via le réseau communal se posera une dernière fois durant l’hiver 2006-2007 puisque la retenue n’aura pas pu se remplir durant la fonte des neiges de ce printemps, ni durant les orages estivaux.

JPDx

Point de vue

Un mal nécessaire

Sur le fond, gaspiller de l’énergie et de l’eau pour fabriquer à coups de millions de la neige artificielle lorsque Dame Nature ne veut pas nous gratifier d’or blanc naturel est à coup sûr une absurdité. Dans les faits, pour notre communauté montagnarde dont tous les acteurs sans exception sont aujourd’hui étroitement dépendants de la manne touristique, il n’y avait guère d’autre voie. Il faut bien sûr continuer à dynamiser tant que faire se peu un tourisme doux, de quatre saisons, mais la pratique des sports de neige continuera pour plusieurs années d’assurer l’essentiel des retombées économiques. Des sports hivernaux qui resteront aussi un argument indispensable pour maintenir et développer la présence des écoles internationales, l’autre force vive économique de notre commune. Dans ce contexte, on ne peut que féliciter les autorités communales et les responsables touristiques, la direction de TeleLeysin en tête, d’avoir su se battre contre vents et marées pour imposer finalement leur idée et d’avoir obtenu en sus des prêts maximaux des divers fonds d’aide existants. Dommage que nous n’ayons pas déniché parmi nos hôtes de richissimes sponsors comme ont su le faire Villars depuis longtemps ou plus récemment Gstaad et les Diablerets ! Reste à exiger que l’exploitant soit à la hauteur du splendide outil mis à sa disposition par la collectivité et en assure, grâce à une direction forte et compétente, un fonctionnement optimal dès le début de la saison prochaine.

Jean-Pierre Dulex